Avant-proposCet article veut rendre hommage aux soldats Ukrainiens du 2ème BUK,
qui se sont battu pour la liberté de leur pays, quelque soit l'uniforme ou le lieu...
qui sont morts pour l'Ukraine contre les Soviétiques,
qui sont morts pour la France contre les Nazis.
Le 2ème BUK ou une histoire de libertéFormé à Kiev en juillet 1942, ce bataillon de garde n°118 (comme d'ailleurs le bataillon 115) fut envoyé en Biélorussie, dans la région de Minsk. En janvier 1944, au moment du regroupement des bataillons de garde en brigade de protection Siegling, il fut rebaptisé en bataillon de protection n° 63 et intégré à la brigade.
Retiré en Prusse orientale en juillet 1944, il reçut des éléments du bataillon ukrainien 115 et un encadrement SS allemand. Il devait devenir le 2e bataillon du 2e régiment de la 30e division de la Waffen-SS (russe n° 2) en cours de formation. Ce bataillon non plus n'a pas été consulté pour savoir s'il voulait appartenir à une division russe. Encore en Prusse orientale, les responsables ukrainiens du bataillon décidèrent de passer dans le maquis dès l'arrivée du bataillon en France.
(à gauche) Affiche d'enrôlement Ukrainienne. (à droite) Sergent de l'Armée de Libération Ukrainienne en Prusse orientale, avant transfert.La décision de former la 30e Waffen-Grenadier-Division der SS (russische Nr. 2) par un simple changement de la dénomination de la brigade de protection, commandée par le général Siegling, et certains autres bataillons, retirés de Biélorussie, fut prise le 3 août 1944 en Prusse orientale. La brigade de protection Siegling comprenait, entre autres, des unités russes, ainsi que des bataillons de protection biélorussiens et ukrainiens. L'ordre de sa création ne fut signé que le 18 août 1944. Le regroupement de cette division se poursuivit en France jusqu'au 24 octobre 1944. Après la dissidence de deux bataillons ukrainiens, les autres bataillons de protection jugés peu sûrs (2.300 hommes) furent immédiatement retirés en Allemagne, à Karlsruhe, où ils furent désarmés et incorporés dans des unités de travail (construction de tranchées et de fortifications). Les Russes et les éléments sûrs furent regroupés le 12 septembre, dans le bataillon russe de Mouraviev. La 30e division de la Waffen-SS (russe n° 2), comprenant de nombreuses unités russes (dont le bataillon russe de Mouraviev et le 654e Ostbataillon russe, qui se trouvaient en France depuis 1943), et des unités allemandes et biélorussiennes, fut en première ligne en Franche-Comté et sur le front de Belfort.
19 août 1944, le bataillon arrive à Besançon. Il compte 464 hommes.
Le jour suivant, il part pour Valdahon (Doubs). Il est commandé du côté ukrainien par le capitaine A. Negrebetzki. Les premiers contacts avec des Français n'ont rien donné. Or le temps presse. Les responsables du bataillon décident de le faire sortir du camp de Valdahon et de prendre le maquis sans attendre. Dans la nuit du 26 au 27 août, après avoir mis hors de combat l'encadrement SS, le bataillon quitte le camp de Valdahon. Son départ est protégé par un tir de barrage des mitrailleuses lourdes qui neutralise les unités allemandes dans leurs casernes.
Le bataillon se divise en trois groupes, dispersés entre Adam-lès-Versel et les Granges-d'Epenay. Le lieutenant Meleschko arrive avec son groupe chez Gilbert Amiot. Le contact est établi avec le capitaine Leclerc, chef du maquis de Memont. Le second groupe tombe sur une colonne allemande lancée à la recherche des dissidents, mais les Ukrainiens réussissent à la repousser. Le troisième groupe rencontre également une colonne allemande, dont le commandant somme les Ukrainiens de se rendre. Les Ukrainiens refusent. Les Allemands n'osent cependant pas les attaquer.

La rencontre du 27 août au petit matin...D'après les notes du
Colonel Victor Petit, Commandant du 2ème Bataillon Ukrainien dans les F.F.I. du Territoire du Doubs:
"
En fin de nuit, tous les obstacles sont dépassés".
Sous la direction des lieutenants Fedorov, Melechk, Bilyk et sous les ordres de l'adjudant chef Rechetov, des adjudants Sligouk, Ponomarenko, Zakrutchenski, des sergents Auram, Bojtchuk, Oleksienko, Martchenko, Katrude, du Caporal-chef Klem, des caporaux Lutinjuk, Krautchenko, Tratchuk et d'autres gradés, après une courte réunion dans un bâtiment du Camp, commence l'action contre les Allemands. L'opération se déroule plus ou moins comme prévu.
La section du sergent Auram barre le passage aux Allemands entre le casernement des "internés" et l'allée conduisant à l'intérieur du Camp. Une autre section est chargée de maîtriser les sentinelles allemandes et de faire évader les prisonniers ukrainiens. La section Voiciuc doit désarmer les cadres allemands et, le cas échéant, de les supprimer. Le lieutenant Fedorov, l'adjudant Ponomarenko, les caporaux , Krautchenko et un soldat tirent sur les Allemands depuis le casernement.
Les 37 hommes du sergent Martchenko se portent offensivement à 150m des bâtiments, du côté ouest, pour empêcher toute infiltration vers les bâtiments ukrainiens. Le gros du bataillon part en direction du champ de tir. Chacun se presse. Les chevaux au galop tirent les charrettes de vivres et de munitions. Des soldats sont juchés sur les chariots et d'autres courent à côté. Alors le sergent Wartchenko rassemble ses hommes et suit avec eux la direction que prend la colonne lourde. Le regroupement s'opère dans les bois des Epoisses, le Grand bois et Viard.
Notre but est de prendre le plus rapidement possible contact avec la résistance française: l'urgence de notre insurrection n'avait pas permis d'en prévenir les F.F.I. Nous essayons de reprendre ce contact à Adam les Vercel. "C'est la misère car nous ne connaissons pas la langue française. Nous avons beau frapper aux fenêtres mais les gens ont peur d'ouvrir les volets car nous sommes en uniforme allemand".
Enfin, le F.F.I. Amiot, venu passer la nuit chez ses parents, à le courage de sortir de chez lui et de nous parler.
"Le soldat Mazouk, qui a travaillé trois mois en France, lie conversation, mais très difficilement avec Amiot. Il lui donne notre parole qu'il n'a rien à craindre de nous et qu'il nous conduise au chef F.F.I." Amiot nous guide vers le carrefour de I'Homme Mort, après avoir retrouvé les F.F.I. Redoutet, Picardi (qui porte son brassard F.F.I.), Bole-Richard, Cuche (maire d'Aissey).
Nous marchons sous leur direction et nous voyons en bas d'une côte, la ligne du chemin de fer et la route goudronnée. C'est là que les Allemands nous attendent, en formation déployée. Nous prenons position face à eux. "Nous n'eûmes pas à nous battre. Pourquoi ? Vraisemblablement parce que la plupart de ces hommes portant l'uniforme allemand sont des Alsaciens et surtout parce que le capitaine Liebe qui les commande connaît notre nature, notre armement et notre détermination".
Le capitaine Liebe s'avance avec un mouchoir blanc. Monté sur un cheval à la robe très foncée, accompagné d'un soldat ordonnance, il arrive devant notre position et fait signe qu'il veut nous parler et crie: "Retournez au cantonnement". Le sergent Katrouk (toujours actuellement vivant au Canada) jette son képi allemand et répond: "Assez!" Assez de tout ce qu'ont fait les Allemands à notre Patrie et au peuple ukrainien. La fin des injustices et de nos peines est arrivée" et il ajuste le capitaine allemand pointant son arme vers lui.
Photo le temps d'un souvenir d'un officer américain, des FFI et un ukrainien sur la gauche ayant préserver son uniforme.
Les soldats ukrainiens et le sergent Martchenko interviennent: "Non! il ne faut pas le tuer mais le laisser vivre afin qu'il nous connaisse en tant qu"Homme" et non pas comme "Untermensch". La guerre ne se termine pas là-dessus et peut-être que la grâce et la bonté l'habiteront et lui serviront pour les nôtres et les Français". L'Hauftmann fait faire demi-tour à son cheval et, peu rassuré sur son sort, retourne vers le groupe allemand qui se replie Duiorak reste parmi nous. Amiot nous conduit aux Granges d'Epenoy où nous trouvons d'autres F.F.I.
Nous traversons Passonfontaine, Rantechaux et Vanclans pour arriver à la ferme des Bouts de Nods.
Le Capitaine Leclerc (ingénieur, officier de réserve d'aviation) vient nous voir et nous dit que nous allions gagner son maquis par des mauvaises routes et par les bois. Le maquis Leclerc était parfaitement organisé et dynamique. Le Comte de Noustiers venu de Bournel à cheval avait pris liaison avec Leclerc et des relations avec les deux frères Chaffanoon, de Besançon, étaient régulières.
Nous nous dirigeons par Avoudrey et la Sonnette vers Pierrefontaine les Varans. A l'arrivée à Pierrefontaine, les habitants font fête aux F.F.I., chantent la Marseillaise et des jeunes filles donnent des fleurs aux officiers ukrainiens, certaines nous embrassent. Nous conservons de cet accueil un souvenir ému. Sur son cheval, Michel Temetchko (actuellement peintre artisan à Montbéliard), qui s'était égaré, nous rejoint. Seul, le lieutenant Sandula, nous a quittés au cours de cette évasion et est retourné au Camp du Valdahon. Heureusement avant d'avoir su que nous allions à Pierrefontaine les Varans. (Rapport de son interrogatoire sera retrouvé le 30 Août dans les papiers du Capitaine S.O. Fish-Bach, tué lors de l'embuscade de Gonsans).
Après un peu de repos, nous gagnons la ferme de Bemont, dans les bois de Pierrefontaine.
"La ferme est un grand bâtiment avec une grange et une étable. Elle est entourée de sapins et de noisetiers. De là, on peut, grâce à son altitude, surveiller la plaine jusqu'à Valdahon. A l'orée du bois, nous plantons nos petites tentes. On installe la cuisine dans le bois et, dans la grange, le magasin. Nous touchons du pain rond et blanc avec un trou au milieu. On prépare de la purée de pommes de terre et nous recevons un morceau de gruyère.
On nous affecte un camion conduit par le F.F.I. "Bouboule" un Français qui approvisionnait le camp du Valdahon en boudin et saucisses. Il se conduisit bien des fois toujours courageusement par la suite au combat avec nous.
Une des plus belles photos du Maquis mixe "Franco-Ukrainien" du Camp Bémont. A noté de l'armement français, allemand et russe. 
Le 28 août, les trois groupes du bataillon se réunissent au Bout-de-Nods. C'est la date du ralliement officiel du bataillon à la Résistance. Le bataillon est mis en marche pour son campement de Bemont. Contrairement au BUK de la Haute-Saône, le commandement est assuré par un officier français, Victor Petit. Le 29 août le chef de Bataillon Victor Petit, prend le commandement du 2ème Bataillon ukrainien (sur la demande du Capitaine Leclerc et sur celle du Lieutenant Colonel Lagarde.
Colonel Victor Petit
Commandant du 2ème Bataillon Ukrainien dans les F.F.I. du Territoire du DoubsLes effectifs à disposition:
a) Officiers ukrainiens à disposition à la date du 27 Août 1944
_ Capitaine Negrebetski, initialement deuxième classe, porté à ce grade, par son âge et par les jeunes officiers le lendemain de la désertion du Camp du Valdahon.
_ Lieutenant Fedorov
_ Lieutenant Kosintchenko
_ Lieutenant Meleschko
_ Lieutenant Dupienko
_ Lieutenant Bilyk
_ Lieutenant Popetchuk
_ Lieutenant Sandula qui abandonnera les Ukrainiens et retournera au Camp du Valdahon, le premier jour du passage aux F.F.I.
_ Lieutenant Haujrylischyn qui, après son action dans le camp du Valdahon, sera repris par les Allemands et aurait été fusillé par eux en Alsace, après le repli.
b) Effectif généraux et matériel du 2eme Bataillon ukrainien à la date du 27 Août 1944
_ 8 officiers
_ 454 sous-officiers et hommes de troupe
_ 73 chevaux
_ 320 fusils
_ 8 mitrailleuses lourdes ( 24 cartouches )
_ 25 fusils mitrailleurs
_ 22 mitraillettes ( 1 000 cartouches )
_ 1 canon anti-char 37mm ( 70 obus )
_ 4 lance mine 81mm (64 coups )
_ 7 lance mine 45 mm (75 coups)
_ 58 revolvers
_ 7 100 cartouches russes
_ 15 050 cartouches allemandes
et son Drapeau !

Le Drapeau des BUKLe 30 août une revue est improvisée au Camp du Bemont. Le Capitaine Negrebetski présente le Bataillon, aligné dans un ordre impeccable, tenue parfaite, et en équipement allemand, les armes automatiques disposées devant le front des troupes. Chaque officier présente son unité en indiquant à voix forte son effectif et le détail de son armement et des munitions. L'étendard Jaune, ukrainien, est à la place d'honneur. Spectacle émouvant car, en face de cette troupe imposante de discipline et de force, se trouvent les F.F.I. de Leclerc, dans des habits civile hétéroclites, fatigués, brassard tricolore au bras. Le Capitaine Negrebetzki et le lieutenant Malechko affirment que les Allemands seront vaincus par les Français et le Commandant Petit les assure de sa confiance totale et qu'il combattra avec eux jusqu'à la victoire.
Renue des troupes de la 30th Waffen-SS dont faisait parti le 2ème BUK par le Colonel Lagarde (officer FFI). A l'avant, le canon anti-char 37mm emporté par les Ukrainiens pour la résistance.
Revue au Camp Bémont situé au nord ouest de Besançon. Le Capitaine Negrebetzki presente le 2ème BUK au Colonel Lagarde (officer FFI) et au Capitaine Albert des British Special OperationsAprès quelques combats de moindre importance, la compagnie du lieutenant Fedoriv et un bataillon des F.F.I. du 3e régiment de chasseurs alpins libèrent la ville de Pontarlier le 5 septembre. Le même jour, deux compagnies ukrainiennes attaquent les éléments d'une division blindée allemande à Chaux-lès-Passavant. Les pertes du bataillon au cours des opérations dans le maquis: 7 tués et 5 grièvement blesés. L'un des blessés, D. Klym, recevra la Légion d'honneur en 1963.
Temps de repos avant le mouvement de cette nouvelle résistance "mixte"
Un soldat Ukrainien fait la lecture (et la traduction!) à deux membres FFIDès le 7 septembre, le bataillon est mis à la disposition du 4e régiment des tirailleurs tunisiens de la 3e D.I.A. de la 1ère Armée. Il aide à s'emparer de la localité de Dambelin.
Le 11 septembre, les Ukrainiens ont mené un combat dans le Grand-Bois et le 13 septembre, sur la chaussée au nord de Pont-de-Roide. Les pertes du bataillon dans les rangs de la 1ère Armée: 5 tués, 12 blessés. Total des pertes: 12 tués et 17 blessés.
Peu après l'enterrement des sept Ukrainiens à Versel, deux officiers soviétiques de la commission de rapatriement rendent visite au bataillon. Fin septembre, le bataillon ukrainien reçoit l'ordre de déposer les armes (la plupart des officiers ont cependant gardé leurs armes personnelles). Les hommes, accompagnés des officiers français Guillermet et Robin, sont transportés par train à Marseille où ils doivent embarquer pour Odessa.
Photo d'ukrainiens en attente de transfertLe 5 octobre 1944, les autorités françaises laissent enfin aux hommes le choix soit de rester en France, soit de rentrer en Ukraine, alors sous le contrôle de l'URSS. 116 hommes choisissent de se faire rapatrier, ils furent arrêtés dès leur arrivé et passeront 25 années de Gulags... Au delà du choix laissé par les autorités françaises, le Lieutenant-Colonel Waller B.Booth, de l'OSS défendra aux près des Alliés occidentaux la contribution exceptionnelle de ces Ukrainiens afin de stopper ce rapatriement vers l'URSS. Apparemment, l'OSS connaissait malheureusement déjà leur sort.
Lieutenant-Colonel Waller B.BoothLe 10 octobre, 230 Ukrainiens refusent d'être rapatriés. Beaucoup d'entre eux trouvent refuge à la Légion étrangère. D'autres vont s'expatrier. L'officier français A. Guillermet note à propos de ce bataillon: "... ces Ukrainiens, de ce bataillon déserteur de la Wehrmacht, étaient des soldats civilisés, disciplinés et patriotes... Une grande foi les animait, celle de leur Patrie ukrainienne, et pour servir cette foi, ils étaient prêts à tout...”
A la mémoire de ces Ukrainiens Libres...
Sources:Photos et textes du comité du souvenir des soldats ukrainiens morts pour le France ainsi que de l'article Ronald B. Sorobey « Ukrainians'fight for France » (2005)
Remerciments à Julien B., Erik G. et Gael G. pour leur participation aux scènes de reconstitutions ainsi qu'à Laura C. pour la traduction de certains documents ukrainiens.
Bruno.A
(dépoussiéreur d'unité...

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Do broni! Zwarci i zjednoczeni zwyciężymy wroga !